vendredi 21 juillet 2017

LA PORTE DE L’ENFER - 1ere partie - 4 -


Elle trouva son mari comme à l’accoutumé assoupi contre la vieille banquette en
merisier. Depuis plusieurs années, il quittait à peine sa chambre, sinon, parfois, pour
s’échapper dans l’atelier et s’y enfermer toute la nuit. Elle avait dû faire un double
de la clef, afin de venir le chercher, peu avant l’aube car, l’âge l’ayant diminué, il lui arrivait de s’allonger, à même le sol, et de plonger dans un profond sommeil.
Le couple Rodin avait traversé bien des épreuves, depuis leur union prématurée. Il
n’y avait guère que Rose, cette fidèle compagne qui, quoique n’ignorant rien de sa difficulté à honorer ses commandes, n’avait jamais émis le moindre commentaire sur ce qu’elle endurait à ses côtés.
Au final, cette femme que rien à la naissance ne distinguait de ses semblables avait quand même su imposer le respect. Elle avait en définitive tout assumé, et rejeté sans l’avoir jamais voulu tous les autres, ceux-là, notamment qui, effrayés par la rumeur,
s’étaient, la guerre aidant, éclipsés.
« Tu l’as vue ? Est-ce que tu l’as vue ? »
L’oeil du vieux sculpteur était tout humide de cette frayeur propre à ceux qui
s’accrochent encore un peu avant de se laisser glisser. Elle comprenait très bien,
même s’il ne lui avait rien dit, ce qu’il avait l’intention de faire. Cela la terrorisait, mais elle avait à présent la faculté de comprendre qu’une perdition pouvait amener une délivrance. Il fallait qu’il s’y attèle une ultime fois. Sa vie ne lui appartenait point.
« Elle s’intercalera parfaitement. Tu as l’oeil, mon ami, même si tu ne vois plus très
clair et que je suis parfois obligée de te maintenir contre mon épaule. »
Il toussota et lui sourit. Son visage à la peau abîmée était serein.
« J’ai cru surprendre des cris d’enfants.
- Il y a deux bébés qui l’accompagnent. Et ton ancien apprenti, celui que tu
aimais tant. Je crois que c’est le père.
- Eugène ? Eugène est revenu ? »
Elle abaissa les yeux en signe d’acquiescement.
- Le pauvre garçon…Il avait bien besoin de cela ! Que fait il avec cette
femme ? Tu le savais, toi, qu’ils étaient ensemble ?
- Tu sais bien que je ne lui parlais jamais. Mais ça m’a fait un choc, je dois le
reconnaître ! Je n’ai rien dit, quand je l’ai vu entrer…
- Tu sais, elle était vraiment effrayante, dans la pièce ! C’est insensé, un talent
pareil…Je ne peux pas imaginer une créature comme ça élever des
enfants…
- Toutes ces actrices sont des putains ! Tu le sais mieux que moi.
- Des putains qui nous font vivre… »
Elle posa ses mains sur ses épaules. Ensemble ils observèrent, depuis la fenêtre close, les arbres, qui luttaient contre les vents.
« Cet orage ne me dit rien qui vaille…, murmura t elle.
- Tu crois que c’est un signe ?
- Oh… »
Ses yeux se perlèrent. Elle sortit un mouchoir de sa poche et s’essuya.
« Si avec elle je ne parviens pas à finir, je te promets, je casse tout demain matin, et on n’en parle plus !
- En auras tu seulement la force ? »

Et, l’aidant à s’appuyer contre ses épaules, elle le hissa sur ses deux jambes, et lui deposa sur le front un baiser.


jeudi 20 juillet 2017

LA PORTE DE L’ENFER - 1ere partie Hiver 1916 - 3


La jeune actrice observait les statues avec fascination.
Abandonnées à même le sol, ou déposées sur des tréteaux, elles formaient une
ronde macabre, au milieu de l’immense atelier aux murs de pierre. Approchant une chandelle, Carlotta pouvait goûter avec délectation, aux mille nuances des formes grimaçantes. Toutes reflétaient l’épouvante à l’état brut.
« Regarde, Emma, regarde ces formes, dit –elle en caressant le buste d’une
effrayante figurine de marbre. C’est encore plus véridique que ce qu’on a pu lire
dans les journaux.
- Je serais vous, Mademoiselle, je m’approcherais pas trop. Faut pas jouer
avec le diable, comme on dit chez moi, on sait jamais ce qu’on peut
déclencher…
- Idiote ! Vous autres êtes incapables de comprendre ! Te rends tu compte ?
Nous sommes dans l’antre d’un génie, ma fille ! D’un génie ! Ce vieillard que
tu nargues du haut de ton ignorance va faire de moi une reine ! »
Défaisant un à un les boutons de sa robe, Carlotta entama une plainte. L’écho du cri étouffé glaça les sangs de la camériste, qui ne vit même pas tomber à terre la robe trempée. La jeune femme était à présent nue, entourée par les silhouettes de
marbre. A l’ombre des pierres, elle commença à réciter les premières répliques de
Médée, faisant se chevaucher les mots en expirations qui se perdirent entre les
clapotis de l’eau sur les vitres.
« Mademoiselle, mademoiselle, votre peau, votre peau ! Qu’avez-vous fait ?
Qu’avez-vous donc fait ?
Carlotta tourna lentement son regard vers elle, comme absente.
« Pourquoi mon Dieu ? Pourquoi ? »
Le dos de la jeune femme semblait avoir été lacéré par des griffes, et les caillots de sang séché se détachaient de la peau blanche, depuis le bas des hanches jusqu’en travers des épaules.
« Qui vous a fait ça ? Pourquoi mademoiselle ?
- Tais toi donc ! Tu ne sais pas ce que ça a été ! Tu ne sais pas !
- Mais quoi, mademoiselle, quoi ?
- Ce que c’est de savoir ça là ! Au dedans ! A te creuser, à te manger de
l’intérieur ! A te bouffer les os ! »
Emma regardait sa maîtresse avec incrédulité.
« Mais Mademoiselle, les enfants c’est sacré ! C’est ce qu’il y a de plus beau ! C’estce que le ciel vous donne … »
La foudre déchira le ciel d’un coup fracassant. Carlotta s’était immobilisée dans un rictus.
« Les enfants c’est bon pour les bonnes femmes… C’est un accident, un pur
accident… Franchement, avoir mis bas à mon âge ! Dans cette misère !
- Mais c’est un brave homme ! Il vous a juré qu’il s’occuperait de tout !
- Avec quoi veux-tu qu’il élève tout ça ? Depuis qu’il a quitté cette demeure,
ses bronzes ne lui rapportent pas mille francs ! Et il vit dans un taudis !
- Vous trouverez bien de quoi vous arranger…
- A ma manière, sûrement ! »
Elle s’approcha d’un miroir couvert de poussière, et de ses mains agrippa sa longue
chevelure noire. Puis elle fixa son reflet, comme fascinée par ce qu’elle contemplait.
« Je ne laisserai rien ni personne me détourner de ma route. Je sais qui je suis, je sais où je vais. Peu m’importe si on me juge immorale ! Il y a des vies qui sont écrites avant même de les avoir commencées »
Le crissement de la lourde porte interrompit leurs échanges. L’actrice accueillit le
retour de son frère d’un énigmatique sourire.
« Alors, dit – elle, vas tu me dire enfin ce qu’il attend de moi ?
- Il est temps, oui. Je pense que ça va te plaire, mon ange…
Carlotta le regarda avec convoitise. Il semblait goûter ce bref pouvoir qui était le
sien à cet instant, le seul dont il pouvait légitimement s’enorgueillir. Se tenir face à
elle, indifférente à l’annonce de la victoire, tel un messager qui peine à contenir ces perles de sueur qui se détachent d’un visage impeccablement soigné. Toute la monstrueuse singularité de ce couple pouvait se lire dans la façon dont ils se
refusaient l’un à l’autre, complices invisibles d’un crime fomenté depuis l’enfance.
« Tu vas poser, mon ange, pour lui. Poser. Et ton effigie, une fois achevée, ouvrira la
porte ! »

Emma surprit alors une ombre grignoter le visage de celle que tant de fois elle avait préparée. Elle sentit son pouls s’accélérer, et fut soudain prise de tremblements.


mercredi 19 juillet 2017

LA PORTE DE L’ENFER - 1ere partie Hiver 1916 - 2


Les deux hommes s’étaient retrouvés dans le couloir jouxtant la chambre où
dormaient les petites.
« Ce n’est pas possible. Pourquoi refusez-vous de me dire de quoi il s’agit ? Que suis-je donc ici ? N’ai-je pas acquis quelque droit à faire valoir à ses yeux ? »
Giorgino toisa le pauvre artiste avec commisération et tira profondément sur sa
cigarette. Il cherchait à peine à masquer le peu de considération qu’il lui portait.
« Est-ce donc si secret ? Pourquoi ne dites-vous rien ? Pourquoi prenez-vous toujours fait et cause pour elle ? Après tout c’est avec moi qu’elle vit, maintenant, n’est-ce-pas ? Vous nous réveillez les petites et moi et nous traînez de force sans un mot dans l’antre de ce satire …
- Taisez-vous !
- Non, je ne me tairai pas ! Il s’agit de ma femme, tout de même ! Ma femme !
Que vous laissez seule aux prises de ce vieux fou ! »
Giorgino ne quittait point son reflet dans le petit miroir suspendu au-dessus de la
cheminée. Il y puisait une force et une résistance qui contenait sa voix dans des tons graves.
- Auguste Rodin est un génie. Et vous un pauvre ignare ! Ne vous faîtes pas
d’illusions ! Ma soeur en rien n’est votre femme, elle ne vous appartient pas !
Vous l’avez suffisamment humiliée, en la contraignant à garder coûte que
coûte ces créatures dont aujourd’hui nous ne savons que faire…
- Que savez-vous de Lui, sinon ce qui se sait et se dit en tous lieux ? Rien, ou
presque. Moi je le connais, et suffisamment assez pour le craindre à sa juste
mesure ! Tous ceux qui s’en sont trop approchés s’y sont brûlé les ailes !
Aujourd’hui il vous apparaît totalement inoffensif…Mais je puis vous l’affirmer,
il n’a en rien renoncé à son œuvre funeste !
- Que croyez-vous donc que vous fassions ici ?
- C’est bien ce qui m’effraie ! J’imagine très bien ce que vous lui avez mis en
tête ! En croyant la servir ce n’est que vous même que vous honorez …
Qu’avez-vous besoin de vous hisser davantage au travers d’elle ? N’êtes-vous
pas déjà satisfait ? Elle n’a pas vingt ans, et déjà elle est au firmament !
- Mon pauvre ami, cessez de regarder le monde avec votre petite ambition.
Nous ne partageons point votre aptitude à laisser filer la chance… Vos
statues ont bonne figure, dans les placards de votre atelier. Et vos pudeurs
d’artiste incompris sont d’un ridicule achevé ! Croyez-vous que Carlotta soit
du genre à se contenter d’un concert d’éloges ? Pensez-vous qu’elle ait
parcouru tout ce chemin pour ne devenir qu’une gloire éphémère ?
- Vous n’êtes qu’un arriviste ! Sans elle, vous n’êtes rien !
- C’est fort probable. Mais au moins n’aurai-je aucun mal à la garder à mes
côtés ! ».
A ces mots il tourna lentement les yeux vers les deux fillettes, endormies côte à côte.
« Que croyez-vous donc être, vous autres ? Espérez-vous seulement qu’on se pousse un peu pour vous faire de la place ? »
La porte grinça, et par l’embrasure, la silhouette voûtée de Madame Rodin apparut.
« Excusez-moi. Le dîner est servi dans la salle des gardes. Il y a avec nous quelques
généraux qui vous seront de bonne compagnie.
- Aurons-nous le plaisir de voir votre époux faire une brève apparition ?,
demanda Giorgino.
- Avec le travail qui l’attend, cela m’étonnerait. Une fois sa tâche achevée, s’il
lui reste quelque force, qui sait ! »
Les deux hommes échangèrent un regard, puis ils abandonnèrent les deux enfants

endormis, avec pour seul compagnon le feu, qui crépitait.


mardi 18 juillet 2017

Consentir est la clef


Des trois religions monothéistes, la mienne, chrétienne ET catholique, est la seule qui offre le Royaume de Dieu à tout individu obéissant dans les actes de sa vie à la bonté et à l’amour. De quelque obédience et origine qu’il soit la promesse est et demeure la même, Dieu ne fait pas de tri sélectif selon les Saintes Ecritures en fonction de paramètres humains. Il ne dit pas : tu es en dessous de si tu n’es pas de telle race, ou bien : tu auras ta place au paradis si tu égorges les mécréants qui refusent de se soumettre à telle interprétation.
L’histoire de la chrétienté est loin d’être dénuée d’épisodes sanglants : guerres de religion, conquêtes colonisatrices et invasions avec crimes en pagaille, croisades, Saint Barthelemy, inquisition etc… : la liste est longue. La Sainte Bible elle-même est pleine de textes ou le Verbe du Demiurge tonne et ordonne et se fait guerrier. Dieu n’est pas un petit être efféminé et mou, c’est certain, il s’est montré à plusieurs reprises capable de déchainer sa colère divine sur ses petites créatures. De même, Christ n’est pas que ce joli barbu contant peace and love. Sa colère quand il chasse les marchands du temple n’a rien d’une attitude zen à la sauce Bouddha. Et la passion  qu’il endura pour nos péchés fut un véritable calvaire.
Il est pour le fervent catholique que je suis passionnant d’interroger les Saintes Ecritures, de les lire, de les ressentir, de les creuser. J’ai la foi en action, c’est-à-dire que loin de prendre tout pour comptant je questionne sans cesse le texte pour tâcher d’en comprendre le sens profond sans gober passivement. Je m’y adonne avec cœur davantage qu’avec le biais de mon intelligence ou de mon érudition. Et mon cœur il me semble me rapproche du sens peut être mieux que ne le ferait ma raison. L’effort en tout cas est sincère, sincèrement tourné vers le Seigneur mon Créateur et son fils incarné dans Jésus.
Je puis donc prendre pour acquis bien des paroles de la Sainte Bible et aussi émettre des doutes sans jamais blasphémer sur certaines choses que je ressens comme provenant des hommes, du séculier et donc du pouvoir. Je ne lis rien dans la Sainte Bible qui dise que la représentation de l’Eglise doive s’accompagner de faste et de pourpre bien au contraire, et donc ai un mal de chien, tout en respectant infiniment les petits curés de campagne et plein de membres dévoués du clergé, à admettre la réalité du Royaume du Vatican et tout ce tralala couvert d’or. J’y verrais plutôt l’inverse de ce que j’ai lu et compris des enseignements de Jésus et de Sa Parole.
De même la position séculière vis-à-vis des femmes et de l’homosexualité. Je doute et remets en doute en profondeur ce que je lis ici et là dans l’histoire chrétienne, qu’Eve soit la seule et unique coupable, que la femme soit sous l’homme, qu’elle ne puisse être ordonnée prêtre, que la créature aimant une autre de son sexe soit contre-nature et pècheresse. Par le prisme du Verbe seuls amours et bontés comptent, et respect des dix commandements, et Foi en son Créateur. En quoi une femme ou un homme aimant les hommes et s’adonnant dans sa vie et dans ses actes au respect absolu et sincère des enseignements de Dieu seraient ils inférieurs et pécheurs puisqu’ils ont été créés ainsi ? Dieu serait il à ce point injuste qu’il créerait des êtres ainsi faits pour les humilier et les contraindre à renoncer à la nature dont ils ont été dotés sans l’avoir choisie ? Le chrétien que je suis ne peut admettre cela.
Il y a dans le Verbe Divin à la fois contrainte et liberté, c’est ce qui en fait la force. Nous sommes libres de la voie à choisir et tout autant prévenus : chacun fait donc ce qu’il veut, croire ou pas, commettre ou pas des péchés, croquer ou pas la pomme, prier ou blasphémer, s’adonner à Dieu ou à Lucifer ou à aucun des deux. L’ère chrétienne a dorénavant atteint un  âge ou le glaive est rangé.
Toutefois la liberté, cette fameuse liberté individuelle tant chantée par l’époque moderne m’apparait comme un leurre et une douce illusion. En tant que créatures nous sommes individuellement pré déterminés à notre insu. Et tout autant tentés un à un par le serpent, qui s’immisce sournoisement dans nos pas. Bien malin celui ou celle qui peut clamer la certitude de ne pas être manipulé, tant le fourbe sait s’y prendre avec cinquante coups d’avance.
L’architecte de l’apparition de la mort dans la geste humaine, le corrupteur du Jardin d’Eden, le futur Grand Monarque est un sacré filou. Ses mensonges sont légion, et son aptitude à nous faire prendre le blanc pour le noir et inversement est redoutable. C’est que la créature imparfaite a ce qui s’appelle un ego, et celui-ci est aisément corruptible. Le coup du fruit défendu fut le premier mensonge, et tous ceux qui lui succédèrent procédèrent de la même technique.
La Parole du Christ est fort heureusement là pour nous éclairer sur le chemin à suivre, cette parole est proprement lumineuse, éclairante, simple à appréhender et à comprendre. C’est une parole claire, qui ne procède pas par énigmes, et qui se donne brute de forge : une parole pour cœurs et esprits simples, que des êtres sans aucune éducation peuvent instantanément saisir et appliquer. C’est en cela qu’elle est bouleversante, dans le sens : suffisante pour tracer le chemin de toute une vie, lui offrir généreusement une direction, l’orienter dans le meilleur sens qui soit, sans forcer, gentiment. Ce n’est pas une parole faite pour les bigots, oh non, mais pour tout le monde. Et j’ai beau moi qui ai lu des dizaines de milliers de livres chercher, je n’en connais aucune qui ait cette force, cette intensité, cette puissance et cette simplicité.
De même pour les artistes. Au-dessus de tout les œuvres sacrées. Hildegarde Von Bingen bien sûr. Jean Sébastien Bach au-dessus de Mozart (pour lui, le 3e acte de Don Giovanni et le Requiem au-dessus du reste) ou Haydn (Les 7 paroles du Christ au-dessus du reste), tous deux maçons, ayant composé nombre d’œuvres païennes (opéras et oratorios à foison, La Flute enchantée ou La Fedelta premiata et Il mundo della luna) et se rachetant sur le tard par de somptueuses créations allant dans le sens opposé.
En littérature Dostoïevski, le meilleur connaisseur de l’âme humaine, celui qui dans Les Possédés ou Crime et Châtiment, pieds dans la glaise et regard vers les cieux, s’en va fouiller dans les cœurs les plus mauvais qui soient pour les donner à lire. Avec lui les grands mystiques, Sainte Thérèse d’Avila, Saint Thomas d’Aquin …
Et au cinéma, Dreyer, Tarkovki, Zulawski ou Inarritu : que des croyants qui s’en vont puiser des deux versants, Bien et Mal, et donnent à vivre sur écran ces luttes acharnées. Ces plans d’oiseaux volant dans les cieux au petit matin se levant sur la violente Barcelone, tels des anges, et ces travelings du cœur suivant le regard du personnage incarné somptueusement par Javier Bardem dans Biutiful
Le point auquel je suis parvenu depuis aout dernier est celui du consentement. Ayant enfin compris que ma liberté était un leurre et que seul le lâcher prise permettait d’atteindre une plénitude, j’ai quitté le fonctionnement de l’homme machine agissant et décidant pour accueillir ce qui advenait. Tout étant décidé au-dessus à quoi bon ferrailler ? Donc actions oui mais selon ce qui est dicté et soufflé, j’ai déposé ma volonté à terre. Ouvert à ce qu’Il me souffle j’accueille, accepte, veille, espère et ne fais rien dans le sens d’avant. Ce faisant et à compter de – tout advient, exactement, c’est-à-dire ce qu’il faut, ce dont j’ai envie et besoin, vraiment envie et vraiment besoin, en son temps. Et je le vis : Il fait admirablement les choses pour celui ou celle qui L’entend. Et il les fait en temps et en heure au juste moment.
Consentir est l’inverse de ne rien faire. C’est au contraire faire en conscience, à la bonne distance des choses, à la bonne hauteur. La vie devient simple et déroule un fil auquel tu obéis sagement comme une plume au vent. Tu deviens dénoué, aussi léger que profond. Plus de peurs, plus d’inquiétudes, plus d’appréhensions, plus d’impatiences, plus de colères, que des pensées de lumière et de bonnes intentions qui je le sens s’accomplissent une à une. L’intention détient un pouvoir de réalisation de soi sur soi mais aussi sur les autres, sur ses aimes – et donc sur le monde. Jouer sa musique quotidiennement a son bout participe bel et bien au rééquilibrage des choses, faire pencher le bateau ivre du bon versant. C’est la seule véritable connexion. 
Jusqu’au corps qui reprenant énergie et forme rajeunies se libère, se dénoue et devient plus gracieux quand s’élèvent des musiques : je surprends mes pas épouser les rythmes en les ressentant du dedans, surprends ma voix soudain chanter juste et parvenir à des notes et des gammes qu’auparavant je ne pouvais atteindre. C’est fort surprenant, assez mystérieux, et pourtant facile à entendre et à comprendre. Et à vivre : wow.
Dans ce pays où j’habite presque tout le monde vit ca et croit, et presque tous sont incroyablement heureux – fort simplement. C’est donc possible pour tout un chacun. Et pas simple pour beaucoup compte tenu de la culture, de tout ce qu’on a appris ou désappris à notre insu. Pas une once de prosélytisme dans ces mots, chacun sa voie c’est tout, et si je me retourne sur mon passé il me fallut 51 ans pour y parvenir : l’entendre, l’admettre, le comprendre et le vivre. Et encore : il y eut une 1ere fois en 2008, quelques semaines, avant de le perdre, une 2e en 2011 quelques mois. Pour enfin en aout 2016 depuis Athènes l’ancrer une bonne fois pour toutes.

Grâces Lui soient rendues.


LA PORTE DE L ENFER - 1ere partie Hiver 1916 - 1


« Entrez, Mademoiselle… »
L’hôtesse dévisagea la visiteuse puis, baissant les yeux, l’invita à pénétrer dans la demeure. Les visiteurs étaient trempés par l’orage, et passablement fourbus. La jeune femme, surtout, celle qui se prénommait Carlotta. Elle passa comme une trombe, depuis la modeste entrée, sa longue cape noire gorgée d’eau dégoulinant sur les tapis, jusqu’à l’âtre où crépitait un feu de cheminée. Puis s’immobilisa, le regard absent, devant les flammes.
Elle était accompagnée de son frère, jeune homme élégant, de son compagnon, d’un genre plus frustre, qui portait dans ses bras deux bébés endormis, enfin d’une employée plus très jeune, apparemment très impressionnée par la vigueur de la tempête.
« Je vous en prie, prenez un siège et reposez vous, mon mari ne va pas tarder. Les invités ne sont pas encore prêts, l’orage, sans doute… »
La compagne du sculpteur était fidèle à son image. Effacée, de la caste de ces épouses recluses dans l’antichambre lorsque conversent les hommes, elle semblait avoir été confinée dans un foyer pour l’y faire convenablement fonctionner. Son visage, comme son accoutrement, charmant, mais dépourvu d’élégance, trahissaient l’abnégation. Elle était de ces créatures promises à un destin sans aspérités, qu’un incroyable coup du sort avait placé dans le sillage d’un génie, et qui, malgré ce statut pour le moins singulier, se faisait toujours traiter avec quelque dédain.
Carlotta tourna son regard sombre en direction de son frère. En dépit de son très jeune âge, elle possédait, dans chacun de ses gestes, son attitude, sa voix, toute l’évidence d’un feu sacré qui au premier regard vous consumait. Elle ne connaissait pas le doute, seulement le vertige de ceux qui, appelés à briller de mille feux, se conforment à la certitude de ce qu’ils vont devenir. Tout effort, toute adaptation à autrui, lui étaient comme interdits, même en ces années de guerre où s’excuser d’être en vie était devenu un lieu commun.
« J’ai besoin de silence », dit elle seulement, avant de se diriger, sans y être conviée, vers le grand escalier conduisant aux appartements supérieurs, sa camériste courant à ses basques.
Son frère observa, presque amusé, la panique subitement s’emparer de leur hôtesse, laquelle tenta de s’interposer avant de s’immobiliser, comme rejetée d’ un simple hochement de tête.
La chevelure avait fouetté l’air, et les gouttes de pluie atteint en plein visage la pauvre femme.
« Du silence, Madame. Du silence. Savez vous seulement ce que c’est ? »
Elle était déjà en scène, déjà dans les habits du rôle pour lequel le sculpteur l’avait fait venir jusqu’à Meudon. Une enfant à la peau laiteuse, décoiffée, sans maquillage, mais ivre de mille feux, sur ces marches recouvertes de poussière.
« Mon mari vous attend dans son atelier, murmura la compagne du sculpteur. Il y a une chambre prête, pour votre famille. Je suis sincèrement désolée, vous allez devoir vous serrer. Toutes les autres ont été louées à des officiers…La guerre nous oblige à prendre l’argent où il est, on n’a pas toujours le choix…
- Ma sœur ne se formalisera pas. Votre époux nous a prévenus, interrompit le frère. Elle sait qu’elle passera la nuit à travailler, et souhaite commencer au plus vite !
- Ca a dû être pénible, ce voyage, pour les petites, ajouta la vieille femme. On n’a pas l’habitude des bébés ici, mon mari n’a pas cette patience. C’est à se demander s’il ne tolère que les femmes qui posent pour lui… Mais je bavarde, je bavarde…
- Si vous le voulez bien, conduisons là à l’atelier.
 - Je comprends. Allons y… »
Tous trois la suivirent dans les dédalles de la demeure. La poussière du plâtre avait envahi tous les recoins. Depuis l’embrasure d’une porte, ils aperçurent, assis autour d’une table basse, deux vieillards en uniforme, à la barbe bien fournie, qui, lentement, sirotaient un alcool.
Il régnait dans toute la maison une nauséabonde odeur de tabac froid. Il était à peine pensable qu’un tel génie, adulé depuis plus de trente ans, célébré au delà de frontières, puisse vivre, à son âge, dans pareil capharnaüm ! Plus le groupe s’enfonçait dans les méandres de l’immense propriété et plus la saleté s’affichait. Les parquets étaient recouverts d’une épaisse couche de crasse. C’était comme si un esprit malin s’était peu à peu approprié tout ce que le goût avait accumulé, pour souiller jusque dans ses plus obscurs replis l’œuvre de toute une vie.
Le jeune homme semblait profondément choqué, comme si, pénétrant l’antre de ses plus chers désirs, il avait découvert que ceux ci s’étaient mués en pourriture. Sa sœur, au contraire, marchait en tête de cortège, indifférente.
L’hôtesse ouvrit une porte. Une petite chambre avec trois lits, aux murs recouverts d’une tapisserie rouge, avait été dressée. Un feu crépitait dans la cheminée. Le regard fixe, Carlotta posa sa main sur l’épaule de l’homme qui portait les deux enfants et le pressa à entrer.
« Fais comme on a dit. Elles dormiront bien.
- Tu viendras les embrasser ?
- Elles dorment déjà ; Reste là, maintenant »
Le reste de la troupe reprit son chemin dans le labyrinthe des couloirs abandonnés à la pénombre, gagnant les dépendances. Ils descendirent un petit escalier aux marches de pierre, qui se terminait par une porte imposante.
Carlotta sentit un vent frais frôler sa nuque. Elle retint son souffle. C’était là, tout près… La maîtresse des lieux saisit une clef de sa poche, l’introduisit dans la serrure et ouvrit.
Les éclairs de la foudre illuminèrent un espace immense laissé dans l’obscurité. La camériste poussa un hurlement. Elle venait de surprendre, à deux pas d’elle, une imposante statue, grimaçante, au corps décharné.
« Quelle horreur ! hurla t-elle en essayant de retrouver son équilibre, tandis que la femme du sculpteur allumait une chandelle.
- Je suis désolée, dit elle, la première fois ça surprend toujours…Mon mari ne se rend pas toujours compte, vous savez, mais moi je sais bien que tout ça n’est pas très catholique…
- Sublime…Sublime…, ponctuait le jeune homme en caressant la statue. Quel réalisme, c’est absolument effrayant ! Comment pareille vision peut elle naître des mains d’un homme ?
- Je n’en sais rien. Mais je sais ce que ça lui coûte ! Quand il est plongé là dedans, et Dieu m’est témoin que ces choses le hantent depuis un moment, il ne s’appartient plus. Je pensais qu’avec l’âge ça allait s’apaiser, mais au contraire ! C’est devenu de plus en plus absorbant !
- Vous voulez dire que …
- Je ne veux rien dire d’autre, se contenta t elle de répondre. »
On pouvait à peine distinguer les parois de pierre, de part et d’autre de la salle. Le lieu semblait immensément ouvert, tel une grotte aux contours incertains plongeant vers le centre de la terre.
Carlotta s’était approchée d’une minuscule gargouille en marbre, abandonnée parmi d’autres sur un plan de travail. La tête de la statue pouvait tenir dans la paume d’une main. Plus elle la regardait, plus le pâle de ses traits ressortait. Deux yeux d’un noir absolument brut, surgissant d’un masque blême.
« Ma sœur a trouvé l’inspiration, à ce qu’il semble…
- Laissons la prendre ses aises. Tout le monde sera en bas d’ici pour le souper, elle pourra se préparer à sa guise. Auguste est prévenu. Ne vous formalisez pas, Mademoiselle, vous verrez, il n’est pas très loquace. On sort peu. A vrai dire, votre représentation fut son unique escapade depuis les premiers vents de l’hiver…
- Je ne suis pas venue pour faire la conversation, répondit elle.
- Au milieu de cette compagnie je suis sûr que Carlotta se sentira chez elle, ajouta son frère. Elle peut rester sans dire un mot pendant des heures. C’est vrai, mon ange, tu ne veux pas que je l’attende avec toi ?
 - Laisse moi, Giorgino ! Va t’amuser ! ».
Autour d’eux, les statues de marbre, tapies dans les ombres, semblaient veiller d’un sommeil léger.




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Bonnes vacances a toutes et a tous


A defaut d une pause un ralentissement qui s impose ici et ailleurs. En six mois j aurai enormement ecrit. 280 billets dans le blog, 99 tribunes archi lues sur agoravox. Beaucoup d eloges et de reconnaissance, sachant que tel n est pas le but de ma demarche. SUNDANCE 1 et 2 qui sont un joli succes. Celui ci compte plus que tout.
Besoin de ralentir un peu comme l an passé, mediter, marcher, aller prier pour mes amies et amis et pour ce monde. Refaire du sport et retrouver en partie mon corps d il y a20 ans. Pour un temps me recenterr sur moi et quitter le virtuel. Je posterai dans la journee un billet sur ma Foi et puis un de temps a autre, mais rien a voir avec le flux d alors.
J aurai beaucoup donne c est peu dire, avec facilite et legerete. Ce fut compris ou pas, ca a donne beaucoup de reactions tres parlantes. C est ainsi. Parfois on est connectes parfois non, parfois on se comprend parfois non. Parfois on a besoin de metre de la distance pour mieux se retrouver. Pas de panique j ai trout compris tout admis. Tout me va.

De belles vacances a toutes et a tous. Je pense fort a vous, sachez-le. Je pense avoir trouve la clef du Bonheur et la maniere durable de le conserver. Et croyant au pouvoir de l intention et des pensees positives je vous envoie plein de bonnes ondes. Be happy.


samedi 15 juillet 2017

Le cancer des applis de rencontres GAY


Le développement inouï des applications de rencontres et de tous ses produits dérivés dans la communauté gay a transformé un nombre phénoménal de garçons à la base sincères et désireux de trouver le bel amour en un ramassis de futurs dépressifs frustrés, n’aimant en rien le reflet que leur renvoie le miroir, celui d’un quadra ou d’un quinqua qui a laissé passer sa chance et s’est par naïveté autant que par immaturité adonné avec excès aux vices de la société de consommation.

Gayromeo, Scruf et Grindr ont rendu quasi impossible le fait que deux hommes se trouvant dans un même espace avancent l’un vers l’autre après une phase délicieuse d’observation. Ce charme miraculeux de la belle rencontre est devenu rare : les gars sont là avec leurs applis et discutent deux plombes avec le mec d’en face sans faire un pas. Il faut des pastilles magiques pour que les corps osent, les esprits sont en mode bug depuis des lustres.

C’est triste, se transformer en produit, mettre ses photos avantageuses, celles d’il y a 10 ans, torse poil de préférence avec tout le matériel pixélisé en moche caché. Se mettre dans les bonnes cases, daddy, chubby, bear et tutti quanti, ce langage de Disney pour des gars de 50 piges avec de la cervelle, et qui l’abandonnent pour un peu d’amour à trouver dans une ville tentaculaire. Passer des heures, des mois, des années la dessus dans bouger, comme on prend son métro pour le bureau en espérant la promotion.

Les plus jeunes n’y voient goutte, ils sont encore à leur avantage, et n’entrevoient guère cette vérité première : dans cette gigantesque boucherie, tout le monde a pour horizon la poubelle a viande avariée.

Ces kilomètres de messages ou on déballe le menu et où l’on se livre en omettant beaucoup, comme lors d’un entretien de recrutement. A la moindre mauvaise réponse tu peux te faire éjecter, bloquer, insulter. Les gens s’achètent, se louent, se crachent à la gueule par écrans interposés puis font mine de l’avoir oublié deux jours plus tard. Dans ce cloaque, les plus lâches et les plus méchants sont les seuls vainqueurs, et les plus fragiles et sincères les cibles préférées. On glose beaucoup sur l’homophobie, en omettant de dire que la plus féroce est celle pratiquée en son sein.

C’est si beau, l’humain, l’amour, la rencontre, la sensualité, la douceur, l’écoute, le long cheminement pour connaitre un autre. Tout a été massacré et piétiné, de tristes `plans cul qu’on préfère oublier et qui parfois remontent sans qu’on leur veuille alors qu’il pleut.

Alors l’homme seul et esseulé pleure sa triste solitude d’homo occidentalus. Ils avaient eu tant d’occasions avant pourtant mais sont allés tous ou presque au plus simple, la chair facile, l’addiction sexuelle, les trucs glauques entre deux courses, les petits arrangements avec la vérité, les je te lâche pour rien et je passe au suivant, et je reproduis en moins bien, et me voilà seul a 55 ans avec mon boulot de merde. Trop vieux et pas assez riche pour entretenir un petit salopard qui me trompera et me piquera sans doute mes sous.

Vous vous êtes laissés peu à peu détruire par renoncement ou lâcheté, les gars, mais sachez-le vous êtes encore en vie. Il n’est point trop tard pour les désactiver, ces applis, pour réapprendre ce que vingt ans auparavant vous faisiez. Sortez, osez, entrez dans ce bar, ouvrez les yeux, prenez votre temps, contemplez. Lâchez cette tension intérieure, y’a pas le feu, ce qui doit advenir adviendra pourvu que vous soyez ouvert et vous-mêmes.

Soyez plus forts, plus grands, plus sensibles, en un mot plus vous-même que cette logique mortifère qui envoie tant de vos copains chez le psy et à la pharmacie voire à la case suicide. L’amour ne se doit, ne se mérite ni ne s’achète ou se loue : il se vit, se donne à vivre à celui qui l’a en lui et se donne à lui. Ceux qui vous disent le contraire sont des serpents, n’écoutez que votre cœur les gars, et réveillez moi ce bel endormi. Et aimez-vous un peu mieux, vous en deviendrez aimables.


Quant à vous les beaux gosses auto proclames aux pectoraux piqués aux stéroïdes, rabattez votre caquet et écoutez vos ainés. Cessez de vous prendre pour des dieux parce que la nature vous a gâtés. C’est provisoire ce truc, ça dure pas, le nombre de likes sous vos photos c’est un leurre. Faites preuve de grandeur d’âme, montrez-vous respectueux et bienveillants envers cet homme qui a l’âge d’être votre père et que vous bousculez sans ménagement. Car quand à votre tour…